Quand un enfant avec un trouble de l’oralité alimentaire refuse un aliment, ce n’est pas l’aliment en lui-même qui bloque : c’est une sensation. Et ces sensations se regroupent, le plus souvent, en cinq sensibilités. Les connaître, c’est souvent comprendre d’un coup des refus qui paraissaient sans logique.
1. Les aliments qui se touchent
Pour certains enfants, les aliments présents dans l’assiette ne doivent, sous aucun prétexte, se toucher. La sauce qui coule sur le riz, les petits pois contre la purée : l’assiette entière peut être refusée, même si chaque aliment, séparément, est accepté. On parle de cloisonnement strict. Ce besoin se respecte simplement, avec une assiette à compartiments.
2. La couleur et la forme
D’autres enfants refusent systématiquement une couleur, souvent le vert. Ou ne mangent que dans une gamme précise, le plus souvent le beige et le blanc : pâtes, nuggets, frites, pain. Une tache de cuisson, une petite imperfection, peuvent aussi rendre un aliment impossible. C’est une sélectivité visuelle, dont le régime beige est la forme la plus connue.
3. L’odeur
Chez un enfant très réactif aux odeurs, l’aliment n’a même pas besoin d’arriver dans l’assiette. L’odeur de cuisson qui s’échappe de la cuisine, du poisson, du fromage fondu, du chou, suffit à provoquer un haut-le-cœur ou une nausée immédiate.
4. La température
Certains enfants refusent catégoriquement tout ce qui est chaud et mangent tout tiède ou à température ambiante. D’autres, à l’inverse, ne supportent pas ce qui sort du réfrigérateur. La température fait partie de l’aliment, au même titre que son goût.
5. La double texture
Un liquide ou un semi-liquide et des morceaux distincts, en même temps, en bouche : un yaourt aux morceaux de fruits, une soupe aux vermicelles, une tomate crue avec ses pépins. Le cerveau de l’enfant s’y perd et panique ; pour certains, gérer ce mélange relève d’une véritable incapacité neurologique. C’est la double texture, la plus redoutée de toutes.
Des garde-fous, pas des blocages à vie
Ces cinq sensibilités sont des garde-fous très puissants. Elles ne sont pas gravées pour la vie : à long terme, l’objectif est justement de pouvoir les dépasser. Mais aujourd’hui, elles sont là, et aller de front contre l’une d’elles peut briser la confiance de l’enfant et provoquer un refus massif à table.
C’est pour cela que les professionnels de l’oralité ne proposent jamais à un enfant quelque chose qui viole de front l’une de ces règles. Ils partent de ses aliments copains et avancent par tout petits pas, en ne changeant qu’une seule chose à la fois.
Ce que vous pouvez en faire
Repérer, chez votre enfant, lesquelles de ces cinq sensibilités sont présentes. Pas toutes le sont ; souvent, une ou deux dominent. Les noter, avec des exemples concrets, est l’une des informations les plus utiles que vous puissiez apporter au professionnel qui vous accompagne.
Et surtout, les voir pour ce qu’elles sont : des repères à respecter pour l’instant, pas des obstacles à forcer. Ce n’est la faute ni de votre enfant, ni la vôtre.
Vous n’êtes pas seuls.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.