Les pâtes sont prêtes, fumantes. Votre enfant attend. Dix minutes plus tard, quand elles sont tièdes, il mange. Ou bien c’est l’inverse : le yaourt sorti du réfrigérateur est repoussé, et il n’est accepté qu’une fois à température ambiante.
Dans les troubles de l’oralité alimentaire, cela porte un nom : la sélectivité thermique. C’est l’une des cinq sensibilités les plus fréquentes.
Deux formes
La sélectivité thermique peut prendre deux formes, opposées :
- le refus catégorique des aliments chauds : l’enfant mange tout tiède, ou à température ambiante. La soupe, les pâtes, le plat du soir attendent d’avoir refroidi ;
- à l’inverse, la phobie des aliments qui sortent du réfrigérateur : le yaourt, la compote, le lait froid sont impossibles tant qu’ils n’ont pas perdu leur fraîcheur.
Un même enfant est en général concerné par l’une ou l’autre, pas par les deux.
La température fait partie de l’aliment
Pour un enfant avec un trouble de l’oralité, un aliment n’existe pas dans l’absolu : il accepte une préparation précise, et la température en fait partie, au même titre que la texture, la forme ou la marque. Une compote lisse à température ambiante et la même compote sortie du réfrigérateur ne sont pas le même aliment pour lui.
C’est pour cela qu’un aliment copain, accepté tout le temps et sans anxiété, est souvent copain à une température précise. Si vous tenez un carnet de ce que votre enfant accepte, noter la température avec le reste rend cette information utile : « pâtes nature, tièdes » dit quelque chose que « pâtes » ne dit pas.
Ce que ça change à table
Comprendre qu’il s’agit d’une sensibilité, et non d’une manie, change le regard sur l’attente. Un enfant qui laisse refroidir son assiette n’est pas en train de gagner du temps : il attend que l’aliment devienne acceptable pour lui.
Cela explique aussi certains refus qui semblaient aléatoires. Le même plat, accepté un jour et refusé le lendemain, n’avait peut-être pas la même température. Quand un aliment habituellement accepté est repoussé, la température est l’une des premières choses à regarder.
Un garde-fou, pas une fatalité
Comme les autres sensibilités, la sélectivité thermique n’est pas gravée pour la vie : à long terme, l’objectif est de pouvoir la dépasser. Mais aujourd’hui, elle est là, et aller de front contre elle peut briser la confiance de l’enfant et provoquer un refus massif à table.
Les professionnels de l’oralité la respectent et s’en servent : dans le chaînage alimentaire, la température est l’une des caractéristiques qu’on peut faire bouger, une seule à la fois, en partant toujours d’un aliment copain. Le moment et la manière, c’est le professionnel qui les choisit, avec vous.
Vous n’êtes pas seuls.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.