Votre enfant refuse certains aliments. Parfois sans même y goûter, parfois au point que le repas tourne à la crise. Et autour de vous, la même phrase revient : « C’est juste un caprice. »
Si vous lisez ces lignes, vous l’avez sans doute entendue plus d’une fois. Peut-être avez-vous fini par vous la répéter à vous-même, un soir de plus où l’assiette est revenue intacte. Pourtant, dans les troubles de l’oralité alimentaire, le problème est sensoriel.
Ce qui se passe vraiment
Un aliment, ce n’est pas seulement un goût. C’est aussi une texture en bouche, une odeur, une couleur, une forme, une température. Chez certains enfants, l’un de ces éléments suffit à tout bloquer. Voici trois exemples.
Des morceaux dans un yaourt
Un yaourt avec des morceaux de fruits peut être refusé net. Ce qui bloque, c’est le mélange en bouche d’une texture presque liquide et de morceaux distincts. On parle de double texture. Le cerveau de l’enfant s’y perd et panique : pour certains enfants, gérer ce mélange relève d’une véritable incapacité neurologique. Une soupe avec des petits vermicelles, ou une tomate crue, juteuse, avec ses pépins et sa peau, sont d’autres exemples de double texture.
Une odeur de cuisson
Parfois, l’aliment n’a même pas besoin d’arriver dans l’assiette. L’odeur qui s’échappe de la cuisine suffit : poisson, fromage fondu, chou. Chez un enfant très réactif aux odeurs, elle peut provoquer un haut-le-cœur ou une nausée immédiate.
Une couleur, souvent le vert
D’autres enfants refusent systématiquement une couleur, souvent le vert. Certains ne mangent que dans une gamme de couleurs précise, parfois le « beige et blanc » : pâtes, nuggets, frites, pain. Une tache de cuisson ou une petite imperfection peut, elle aussi, être difficile à tolérer.
Et d’autres encore
La température peut compter : certains enfants refusent tout ce qui est chaud et mangent tout tiède, ou à température ambiante ; d’autres, à l’inverse, ne supportent pas les aliments qui sortent du réfrigérateur. D’autres encore ont besoin que les aliments ne se touchent pas dans l’assiette, quitte à utiliser une assiette à compartiments.
Dans tous ces cas, ce qui bloque, c’est une sensation : une texture, une odeur, une couleur, une température. Pour les repérer chez votre enfant, voir ce qui se cache derrière un refus.
Ce n’est la faute de personne
Quand un repas se passe mal, il est tentant de chercher un responsable. L’enfant, qui « ne ferait pas d’effort ». Ou vous, qui vous demandez ce que vous avez bien pu faire de travers. Ni l’un ni l’autre n’est en cause : ce n’est la faute ni de votre enfant, ni la vôtre.
Ces sensibilités ne sont pas des blocages gravés pour la vie : à long terme, l’objectif est justement de pouvoir les dépasser. Mais aujourd’hui, elles sont bien là. On peut les voir comme des garde-fous : des repères à respecter pour l’instant, plutôt que des obstacles à forcer.
Aller de front contre une de ces sensibilités peut au contraire briser la confiance de l’enfant et provoquer un refus massif à table. Ce qui rassure, ce sont ses aliments copains : ceux qu’il accepte tout le temps, sans anxiété. Avec un professionnel, on avance par tout petits pas, en ne changeant qu’une seule caractéristique à la fois et en s’appuyant toujours sur un aliment copain, sans jamais rompre son sentiment de sécurité.
Et chaque pas compte. Qu’un aliment soit simplement présent sur la table, sans crise, c’est déjà une immense victoire.
Vous n’êtes pas seuls à vivre ces repas difficiles.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.