« Il s’habituera. » « Juste une bouchée, pour me faire plaisir. » « Il ne sortira pas de table tant qu’il n’a pas goûté. » Ces phrases, vous les avez peut-être entendues, ou prononcées, un soir de fatigue. Elles partent d’une idée simple : si l’enfant goûte, il verra que ce n’est pas si terrible, et la fois suivante sera plus facile.
Dans les troubles de l’oralité alimentaire, c’est souvent l’inverse qui se produit.
Ce qui bloque n’est pas une question de volonté
Quand un enfant refuse un aliment, ce n’est pas qu’il ne veut pas : c’est une sensation qui bloque. Une texture, une odeur, une couleur, une température. Certaines de ces sensibilités sont très puissantes ; pour quelques-unes, comme le mélange d’un liquide et de morceaux en bouche, on parle même d’une incapacité à gérer la sensation, pas d’un manque d’effort.
Forcer, c’est aller de front contre une de ces sensibilités. Et aller de front contre elles peut briser la confiance de l’enfant et provoquer un refus massif à table. Ce n’est pas seulement l’aliment forcé qui reste refusé : c’est la confiance à table qui s’abîme.
Ce qui se passe quand on fait l’inverse
Les professionnels de l’oralité avancent avec une règle simple : ne jamais rompre le sentiment de sécurité de l’enfant. On part de ce qu’il accepte, ses aliments copains, et on avance par tout petits pas, en ne changeant qu’une seule chose à la fois.
Dans cette façon de faire, « goûter » n’est pas un passage obligé, et surtout pas une bouchée avalée sous contrainte. C’est le quatrième de cinq niveaux : tolérer la présence de l’aliment, le toucher, le sentir, le goûter, le manger. Et goûter se fait avec l’autorisation absolue de recracher, dans une serviette « poubelle ». Lécher, mettre en bouche, puis recracher : c’est déjà goûter.
Avant même ce niveau, il y a tout le reste. Un aliment qui reste sur la table sans crise, c’est déjà une immense victoire. Un enfant qui le touche, qui aide à le servir, qui l’approche de son nez : chaque niveau compte.
Si vous l’avez déjà fait
Beaucoup de parents ont déjà forcé, un soir ou dix. Parce qu’ils s’inquiétaient, parce que quelqu’un leur avait dit que c’était la bonne méthode, parce qu’ils n’en pouvaient plus. Ce n’est pas votre faute. Personne ne vous avait expliqué ce qui se passait dans la bouche et dans la tête de votre enfant.
Ce qui aide, c’est de savoir qu’une autre voie existe, et qu’un professionnel de l’oralité peut vous y accompagner, pas à pas.
Vous n’êtes pas seuls.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.